Les jumelles


Attention contenu violent et à caractère sexuel : 

En raison de son thème (esclavage, religion, sexe) ce texte s'adresse à un public ADULTE et averti.

L'inscription du récit dans un contexte historique reculé (antiquité) impose une description crue et parfois violente de certaines scènes pour coller au mieux à la réalité de l'époque. Ce n'est pas une incitation à la violence ou à des comportements aujourd'hui illégaux. Certaines scènes ont été censurées.


Le départ pour Feltria

Le͓ dominu͓s nous a li͓béré ͓, Libéré libéré !

Il ne pourra plus nous attraper,   Attraper attraper !

Ses filles sont à nous on va s’régaler, Régaler régaler !

On a plus qu’à se laisser aller, Qu’à se laisser aller.


Un homme improvisait un chant à tue-tête - que l’expédition reprenait en cœur s’en se concerter - comme ils avaient l’habitude de le faire dans les champs pour donner la cadence, accompagnés par un air joyeux de tibia pour donner le ton, et d’un tambourin frappé avec entrain.



Nous venions de prendre la route vers le nord, ma sœur et moi attachées à l’arrière d’une charrette par une corde autour du cou, incrédules, pas tellement certaines de comprendre comment on en était arrivées là. 

Le lendemain de son “beau discours”, le prêtre était allé récupérer les esclaves, tandis que père, bien qu’il semblait ne pas avoir dormi de la nuit, sûrement pris de tourments, avait donné ordre aux gardes de le laisser faire.

Le prêtre, ce nébuleux, ce vaurien sans substance, sans orgueil, arriva un peu après pour demander à père de sa sale voix douceâtre de nous emmener.


Les hommes éruptèrent de rage prêts à le trucider.

Il regarda le père au fond des yeux :

Fortunat mentait avec peine. Il avait juste envie de profiter un peu plus longtemps de ces deux jeunes femmes. Ne sachant pas se décider entre “partir et les quitter” ou “rester et les garder”, il profitait de sa position pour “partir et les garder”.

Alors que des dizaines de bandits avaient tenté de dévaliser le malheureux sans succès ces dernières années ; un seul individu, pieu, réussit en quelques phrases à s’emparer de ce qu’il avait de plus cher, à la manière d’un Saint Pierre conquérant Rome, sans arme ni violence, ou presque.


“Tous se précipitent dans la fureur et le feu du plaisir” - Virgile.


La procession tire vers le nord, traversant la campagne monotone de la plaine du Padus, comme un centon de tissus disparates cousus entre eux par des haies champêtres, tandis que le paysage montagnard face à eux se fait grossissant, chaque montagne se détachant l’une de l’autre en nuances de bleu, comme les panneaux coulissants d’un décor de théâtre.

La journée touche déjà à sa fin, la caravane fait halte à l’orée d’un bois des mons bellonae, colline qui se dresse devant eux, signe qu’on approche des Alpes. Le prêtre qui avait naturellement repris la tête du convoi désigne l’endroit où s’installer. Les animaux, les quelques esclaves qui le sont restés, et les femmes et enfants s’exécutent, tandis que les compagnons du premier jour de Fortunat, armés, maintiennent la discipline du troupeau. Le matériel est disposé en cercle autour des hommes et des bêtes, les jumelles sont attachées à un arbre légèrement à l’écart.


Lors de la première halte, épuisées par de longues heures de marche, on profita enfin d’un peu de repos contre un tronc rugueux, relâchant les jambes rouges et tendues par l’effort et soulageant nos pieds endoloris.

Un homme, lui aussi courbé par la fatigue, installa une charrette à un pas - entre nous et le reste du convoi - puis s’y asseya face à nous, épuisé, le regard triste. Nous le connaissions. Il avait toujours fait partie de la famille. Il avait même la confiance de notre père qui lui avait rendu sa liberté grâce à un acte de bravoure.

Il nous avait longuement raconté son histoire lors de nos échanges avec lui pour comprendre la culture nordique. Le pauvre, si jeune perdre sa famille, j'avais pitié de lui. “Heureusement Dieu l’a fait nous rencontrer pour redonner un sens à sa vie au sein de notre famille” m’étais-je dite.

C’est là qu’il se lève et qu’il s’approche tranquillement. Avec ma sœur on se réjouissait qu’il vienne nous arracher aux griffes de ces vilains, mais le voilà qu’il l’attrape par les cheveux et la pousse violemment sur les sacs de la charrette l’étranglant à moitié par la corde qui la tenait au cou. Pétrifiée, je la vois se figer en statue de marbre pendant qu’il lève la stola et la tunique de Placidia et qu’il baisse son pantalon de toile [censure].

Le chien m’a alors mit une baffe qui m’a jetée par terre… puis il a continué sans que je ne puisse rien faire…


L’homme - en réalité - après l’avoir envoyée manger l’herbe d’un violent revers de main, l’attrapa à son tour par les cheveux tout en serrant violemment son cou de jeune fille pour lui faire ouvrir la bouche. Ses gros doigts enfoncés entre sa nuque et son cou risquant de lui rompre la trachée, elle entrouvrit sa mâchoire aux premiers craquements afin qu’il [censure]

Il la relâcha seulement quand son visage tournait au bleu, la laissa s’effondrer au sol, presque pour morte, et retourna à la sœur qui n'avait pas bougé.

Pendant qu’il terminait le travail - la jumelle tentant de reprendre sa respiration le nez dans les feuilles - le reste de la compagnie s’était complètement tue, paralysé par la violence des cris étouffés qui parvenaient de par-delà le matériel. L’installation repris tout doucement après que les jeunes femmes se turent.

L’homme, soulagé, abandonna enfin les filles affalées à demi mortes, offrant aux autres mâles la place pour se soulager à leur tour de cette longue journée de marche et surtout de toutes ces années d’oppression à regarder impuissants ces “clarissimae feminae” dodeliner fièrement dans le domaine…


***


Ce récit direz-vous n’est qu’une suite de fantasmes dégueulasses d’un vieux pervers de l’époque, mais non. C’est la réalité de ce qu’il se passe lorsqu’une société s’écroule et c’est précisément ce qui est en train d’arriver en cette période de guerres et de changements culturels et religieux. Si les hommes n’ont plus de cadre autoritaire pour les contenir - avec tous les soldats partis à la bataille - et si en plus les croyances et la morale s'effritent voire éclatent en morceaux, alors comment voulez-vous qu’ils trouvent la force de retenir leurs instincts primaires ? Et ce n’est pas fini.


La nuit était tombée. Les loups rassasiés. Nous les entendions rire à l’arrière - avec les femmes et enfants qui nous accompagnaient. Ma sœur s’était assise au sol nue tout comme moi, appuyée sur le chariot l'air agar. Cette fois-ci elle ne priait pas. J’étais quant à moi blottie contre l’arbre, cherchant à reprendre mes forces.

J’entendis quelqu’un approcher derrière moi et je priais honteusement pour qu’il se dirige vers ma sœur… Il nous donna à chacun un chiton de laine que j’enfilai sans oser me retourner, tremblant de froid et d’horreur.

Il m’a alors levée délicatement en me soutenant par les aisselles et m’a allongée sur le ventre sur le chariot derrière moi, sans dire un mot, ma sœur me regardant du coin de l’œil. Puis il a soulevé le vêtement que je venais de mettre à hauteur de ma croupe. Les mains de l’individu à hauteur de mes genoux, j’ai alors senti quelque chose me frôler les fesses puis un souffle chaud, long [censure]. Ce qu'il me restait de larmes de honte s'écoulait sur mes joues comme un filet d’eau au fond d’une rivière morte.


***


Les yeux fermés j’humais à pleins poumons le parfum de son rectum comme on respire dans une fleur ; la douceur profonde de cette odeur, associée à celle du contact de mes joues contre ses fesses délicates, me perdaient dans des pensées heureuses.

Je me retrouvais dans l’infirmerie de l’orphelinat, où la diaconesse, aimante, pleine de tendresse, prenait soin de mes blessures superficielles en y appliquant un onguent d’une odeur similaire.

Peut-être était-ce l’odeur du paradis. Ou plus probablement celle de l’enfer où ce parfum, embaumant l’air, provoquerait aux mauvais hommes une érection permanente qu’il serait impossible de satisfaire. Sensation que j’avais à l’instant précis.

Le son de pas venant dans ma direction me sortit de ma rêverie. Je me levai d’un bond, recouvris le bas du corps tremblant de la pauvre jeune fille et fis une prière aux victimes :