FRIGIDUS
"La guerre, de l’intérieur."
Mini-série audio en 3 à 5 épisodes (selon plateforme de diffusion choisie) retraçant le parcours d'un des soldats, depuis sa mobilisation jusqu'à la "bataille des eaux froides" qui vit s'affronter l'Empire romain d'Orient et l'Empire romain d'Occident en 394 après JC.
Du vainqueur de cet affrontement dépenderont la religion, les moeurs, et le mode de vie de toute une civilisation à suivre.
Voix principales :
[Narrateur] : Voix roque (façon films des frères Cohen).
[Cavalier goth] aussi dit [cavalier] : 30 ans, voix lasse. Cynique. Ressent l’absence du père. Rêve de gloire.
PARTIE 1 : La traversée de l’Empire d’orient
SÉQUENCE 1 : AU COEUR DE LA BATAILLE ~ 4 min
Objet : Introduction au milieu de la bataille avec réflexions d’un des soldats qui se demande ce qu’il fait là.
Ambiance : Haletante. Tendue.
Style d'écriture : Phrases saccadées, courtes et asymétriques.
[Bruit sourd, en fond, de bataille en cours (soldats qui courent en hurlant) + vent + craquements divers.]
La tête du cavalier tourne. [bourdonnement] C’est l’heure de se jeter dans la bataille. La peur est là. Elle tord les entrailles du guerrier. Elle se répand en frissons dans tous ses membres. Il caresse longuement la crinière rêche de son animal pour l'apaiser et l'aider à penser. [son caresse]
Fuir ? C’est trop tard. Pourtant ce serait la meilleure chose à faire.
Après tout, cette guerre ils ne l’ont pas voulue, elle n’est peut-être même pas juste. Lui viennent des réflexions stupides du genre :
Si tous les soldats du monde refusaient de combattre [sifflement de flèche près du casque + long souffle guerrier]... Si tous les soldats du monde refusaient de combattre, les guerres s’arrêteraient d’un coup. C’est quand même con, faut pas grand chose.
Et avec ça on fait quoi ?! Inutile d’accuser ceux qui se battent pour cacher sa propre lâcheté.
L’homme ravale son vomi. Son visage est de marbre, figé dans un rictus pour feindre la bravoure devant ses compagnons de combat.
[Sons soudainement clairs.]
[un soldat, la voix nouée] Décurion. On charge ?
Hm. Attendez… Soyez prêts.
Oui ben on est prêts… [Hennissement du cheval qui couvre la voix du soldat, souffle de la bête.]
[cavalier goth] TTTT [bruit de langue]... Tout doux [son frottement cheval]. T’inquiète pas on va mourir ensemble [dit en goth]. On attend le signal les gars [en latin]
[Respiration lourde] Allez mon gars, c’est le moment de prouver ce que tu vaux. Tu vas les envoyer en enfer ces… ces maudits… ces… ces hommes, ces jeunes qui… qui quoi déjà? Putain on fait quoi déjà ici?
Décurion ! Le signal !
Ouaiiis, ATTAAAAQUE !! [chevaux qui se mettent au galop, cris]
[Son de nouveau lointain]
Un an est passé depuis l’éclipse annonciatrice du désastre à venir. Et voilà bien quatre mois que les soldats de Théodose traversent les Balkans, sous une chaleur insupportable. Tout ça pour un bref instant de gloire… ou d’oubli.
Ils ont eu tout le temps de penser à leurs erreurs, leurs regrets, leurs mauvais choix - Dieu sait qu’ils sont nombreux - celui de s’engager parmi les premiers d’entre eux.
SÉQUENCE 2 : LE DÉPART DU FOYER ~ 10 min
Objet : Expliquer les origines du héros et la mission qu’il s’est donnée (question d’honneur, mais surtout de fuir sa situation).
Ambiance : Amère. Tendue. Fin relevée.
Style d'écriture : Style contrasté, "cinématographique".
[Longue transition sonore pour faire retomber la pression. Fondu entre bruits de la troupe et du vent avec sons de la mer (même vent). Ambiance de village.]
[cavalier goth à voix forte] Ramasse j’te dis ou j’t’en fous une.
[son fils] C’est pas moi qui l’a fait tomber.
J’veux rien savoir c’est toi qui es là, dépêche !
Nan. j’veux pas !
DEPECHE !! [bruit de chaise lourde qui grince sur le sol]
[enfant criant en pleurant] T’façon tu pars alors j’men fous ! Maintenant c’est moi que j’déciderai, pas toi !
Attends que j’te chope toi, tu vas t’en souvenir de celle-là !
[ado halète. Bruit de mobilier qui tombe]
Tu sais faire que ça ! LACHE !
J’suis un lâche moi?!
[sons sourds de coups de bâtons et de cris de rage de l’enfant]
Et maintenant j’suis un lâche ?! Hein? REPONDS ! Hein ? REPONDS ! J’suis un lâche?!
[pleurs de l’enfant]
[cris de l’enfant] Naan !
Bon.
[son de chaise qui revient à sa place]
[murmure enfant] J’espère que tu vas crever là-bas.
Quoi?
Rien...
[Musique mélancolique]
J’ai du sang de guerrier dans le corps moi ! [se sert un verre de vin] Par votre grand-père. [boit le verre cul sec] Mort en héros à Hadrianopolis ! Je vous ai raconté déjà cette bataille… [se sert un autre verre]
Oui père.
C’était il y a un bon… 20 ans maintenant, un peu moins. J’étais encore un gamin.
[son de chariots et casseroles qui s’entrechoquent]
On fuyait les… enfin on ÉVITAIT les Huns, ces tueurs sanguinaires, des bandits, qui massacraient tout le monde là-bas, dans nos terres.
Les guerriers Huns ?
Guerriers… c’est vite dit. C’étaient pas des humains mais des bêtes sauvages, trapues, sans cou, les épaules couvertes de poils. Ils avançaient à pied comme des lézards. Des bêtes j’vous dis ! Une tête plate, large, avec des trous à la place des oeil, la peau brûlée. [Exclamation des enfants, reniflement de l’autre]
Haan !
[Son cavaliers au galop et cris (hululements) des Huns]
[narrateur] Les terribles cavaliers Huns arrivaient des terres où le soleil se lève et étendaient leur territoire vers l’ouest à la vitesse de la marée montante. Ils avaient pour habitude de surgir au milieu de villages faiblement protégés et d’y massacrer tout le monde. Intouchables sur leurs chevaux de feu ils étaient aussi des archers redoutables. Si bien que la rumeur qui anticipait leur arrivée forçait les populations à déguerpir avant d’être exécutées.
Une seule chose à faire : FUIR ! Enfin PARTIR, avant qui z’arrivent...
T’en as pas vu du coup?
Qui?
Des Huns.
Nan, sinon je serais pas là pour vous l’raconter. Et vous serez pas là non plus. [boit son verre et se resserre] Alors avec mon clan on s’est mis sur la route.
[sons de chars en mouvement avec casseroles etc.]
[narrateur] Des villages entiers se mettaient en mouvement vers des terres plus sûres. A l’Est au au Nord se trouvaient les Huns qu’ils fuyaient. A l’ouest, les vandales. Il n’y avait pas beaucoup de solutions, ils iraient demander asile à leurs partenaires commerciaux les plus importants ; au plus grand Empire jamais créé sur Terre, immensément riche. Là, des terres fertiles à perte de vue les attendraient, ils pourront y imaginer un futur paisible et prospère. Avant tout, ils devaient traverser le Danube, frontière naturelle entre leurs deux mondes. [sons des casseroles se transforme en sons de chaînes]
[cavalier] Mais tu crois quoi? Pour ceux qui z’ont laissés traverser, on s’est fait enchaîner, battre, y en a qui z’ont fini esclave, qu’on a jamais revus comme… Alors on fait quoi ? [Début musique épique qui s’arrête aussitôt]
On mange ? [enfant]
Nan, on fait quoi nous, guerriers, à ce moment-là ?
[musique épique en sourdine]
Le père de famille était lancé, il avait trouvé son auditoire, bien que forcés de l’écouter après la raclée qu’il avait mise à son ainé. Il avait besoin de raconter régulièrement cette histoire pour se convaincre de ses origines glorieuses, tout en la modifiant en fonction de son état d’ébriété, de mélancolie ou, plus rare, d’allégresse.
[musique épique plus forte]
Dans les grandes lignes, les goths qui réussirent à traverser le Danube finirent par se soulever contre les romains à cause des mauvais traitements qu’on leur infligeait, et parcoururent pendant deux ans la Thrace, à l’assaut de villages et cités isolées jusqu’à l’affrontement final. [sons de combat] [fin nette musique]
[se resserre à boire]
[femme] Vas–y doucement
C’est bon.
[enfant] On mange ?
[autre enfant] Oui on mange !
[mère] Oui, tenez mangez ça pendant que c’est chaud. Toi aussi. Tu raconteras après.
[commence à manger]
Ouai. Attendez j’ai pas dit la bataille !
La bataille ?
Celle que t’as demandé imbécile.
On a rien…
T’en veux une, comme l’autre?
Écoutez. Imaginez [son de troupes] la prétentieuse armée romaine, ses soldats par milliers qui marchent au pas, la fleur au glaive [son des tuba jouant “la fleur aux dents” de Joe Dassin] ; les fanions dans le vent, les trompettes qui pètent à tout va.
Ils devaient nous prendre pour des “je ne sais quoi”, les lapereaux de l’année. On s’attendait à en voir venir de l’ouest mais rien du tout. On était prêts. On les attendait, sous les immenses remparts d’Hadriana…d’Hadriapo-nopolis. La magnifique.
Hadrianopolis ? T’y étais aussi ?
Ouai voilà, nan… moi j’étais au camp, un peu plus loin. Je devais… protéger les familles…
Du coup tu t’es battu?
Ben… nan. J’ai pas eu besoin. Mais s’il y avait eu besoin j’aurais fait !
Ah. Mais tu l’as pas fait...
[longue pause. Boit son verre]
On peut finir l’histoire oui ? On les a réduit en bouilli les romains… Voilà. Fin de l’histoire. Dégagez.
[femme] Finissez votre assiette avant.
[Faire monter progressivement les sons des bruits extérieurs…]
L’homme racontait tout ça avec une certaine amertume dans la voix. Les tribus goths avaient obtenu des terres dans la Thrace et une grande autonomie. Mais à quel prix? Tous ces enfants devenus orphelins, cette vie semblable en tous points à celle sur leurs terres d'origine, sauf qu'ils n'étaient PAS sur leurs terres d’origine. On était bien loin des espoirs que portait leur grande migration.
Notre héros grandissant, prétextant réprouver la vie rétrograde de sa communauté, plus le besoin de voir ailleurs, le jeune homme s’engagea à peine l’âge requis… dans l’armée romaine.
Difficile de faire plus offense au défunt paternel mais que voulez-vous, la plus grande ambition d’un Homme est parfois simplement de ne pas ressembler à son père.
[cris mouettes] Il se retrouva dans une garnison côtière à vivre une routine d’un ennui mortel. Il rencontra une fille de citoyen romain [exclamation mouette], quelconque, ennuyeuse elle aussi, qu’il épousa pour son rang et engrossa cinq fois. [encore mouette]
Trois garçons dépassèrent la dizaine d'années. Un peu laids, chétifs, pas très vaillants, bêbêtes. Un fiasco en somme. Quand vint l'ordre de mobilisation la raison était toute trouvée pour fuir sans en donner l’air.
***
[cavalier dans ses pensées] C’est bon. Je vais enfin pouvoir quitter cette vie de merde. Merci Eugène, j’en pouvais plus de cet endroit. Et mes enfants? Qu’est-ce qu’ils vont devenir ? Bah ça leur fera du bien. Je me suis fait sans père après tout. Allez, il est temps de retrouver un peu de dignité !
[rentre à cheval chez lui, ouvre la porte]
Écoutez-moi ! Venez ici.
On nous appelle pour mener une mission de la plus haute importance ! [accompagné par long cri mouette] L’armée de Rome veut nous attaquer ! Et on va se défendre. On va aller à leur rencontre, les affronter, et les mettre en morceaux !
[femme] Oh non, qu’est-ce que tu dis?
Ils se foutent de notre gueule les romains ! Ils nous prennent pour des animaux, des inférieurs, des moins que rien malgré ce qu’on leur a montré. Mais ils sont bien contents qu’on se bat à leurs côtés. Et ben là on va leur montrer ce qu’on sait faire ! On va les gagner ces insignes de merde et devenir des citoyens nous aussi !
[femme s’énerve] Mais qu’est-ce tu dis t’es déjà citoyen !
Eh ben je vais le REdevenir, en le gagnant, pas en me mariant avec une mocheté… Je vais me battre pour l’honneur de mes frères aussi !
Ta moche t’es bien content de la trouver à te préparer à manger. Et tes frères ? Quels frères ? T’es tout seul ils sont tous morts !
Ta gueule ! Occupe-toi de faire survivre tes fils à toi. Déjà qu’c’est pas les meilleurs raisins de la grappe.
J’te l’dis, ils changeront d’avis quand ils verront passer les héros dans les rues de Constantinople.
[Crie] Ouais, droit et fier comme ton père, sous une planche !
[Une baffe sourde retentit + cri de femme. Les bruits de la rue s’arrêtent soudainement. Son de poule. Longue pose]
Y s’passe quoi ici ? C’est bon c’est qu’une baffe.
[Son de l’homme qui sort de chez lui. Grincement de porte.]
[femme murmure] Pense même pas à rentrer.
SÉQUENCE 3 : L'ÉCLIPSE ~ 3 min
Objet : Décrire l'éclipse et les raisons de la bataille à venir.
Ambiance : Angoissante.
Style d'écriture : Style lourd, solennel et hypnotique.
An 393 après Jésus-Christ. Douzième jour avant les Calendes de décembre. La foule s’est tue brusquement.
[Début de musique mystique et oppressante]
Tous, les yeux couverts d'un bras, regardent ébahis le soleil au zénith. Voilà qu’en plein midi l’astre s’obscurcit, rongé sur un côté, grignoté, découpé. La lumière a faibli mais l’azur résiste.
Après quelques instants d'incompréhension, faisant à tous ces gens sujet de discussion, voilà qu'il se trouve blême, malade, contaminé; touché d’une tâche sombre parfaitement régulière, le recouvrant lentement et insidieusement.
Est-ce la peste à venir? La famine?... La fin du monde?
[cavalier] ah ben merde.
[Agitation des gens. Prières.]
Le temps de cuire un pain, et du disque sacré la moitié disparaît.
La voûte céleste se pare d’un linceul d’argent, aussi beau qu’inquiétant pour tout ce tas de gens.
L’air se rafraîchit. Les arbres et murs ternissent, les couleurs s’évaporent.
[sons des cloches des églises + processions]
Certains restent extatiques devant cet événement, fixant le rond solaire, symbole du souverain et son pouvoir divin. Ils récitent des prières… en son honneur… en vain.
D’autres, pris de panique, accourent dans les églises. Des vagues de processions écument déjà les rues, les inondant de fumée de charbon et résine. Certains restent incrédules.
[Cavalier] Putain de merde…
[Musique menaçante et hypnotique]
La masse sombre et menaçante continue de couvrir le soleil invictus. Inexorablement elle l'emplit presque entier, éteignant le phare qui guide les naufragés. Le ciel tourne au plomb, les rues ocres noircissent, la chaleur de l’été fait place au froid nuptial.
Le monde et les hommes dans l'étrange pénombre, ont un sentiment de présages les plus sombres.
[Depuis les rues désormais désertées on entend des pleurs et prières émaner des habitations. ]
[Prêtre] C'est l'heure du jugement dernier !
Un bain de sang va se répandre. Un empereur va chuter.
Un empereur ? Lequel? Théodose ? Maître de l’empire romain d’Orient, lieutenant de Dieu, protecteur de “la vraie foi” ; ou Eugène ? Empereur d’Occident, défenseur des coutumes païennes et des dieux romains ?
[final musique relevé]
L’armée doit se préparer. Cet été elle partira livrer bataille.
[Coupure musique]
[Cavalier] Ô putain…
SÉQUENCE 4 : LA TRAVERSÉE DES BALKANS ~ 8 min
Objet : Décrire les paysages des balkans et étapes
Ambiance : Joviale > suspendue > relevée à la fin.
Style d'écriture : Style répétitif et physique.
[musique d’ambiance façon “Time”]
Juillet 394.
L’armée est enfin prête, ou presque. Romains et barbares se sont retrouvés à Hadrianopolis. Cette cité qui, il y a 16 ans, vit les goths écraser ceux qu’aujourd’hui ils défendent.
[Bruits de charrettes et boeufs. Chargement de sacs. Voix lointaines parlant goth. Cris d’enfants. Pleurs de mères]
Les fédérés barbares arrivaient en masse, emmenant avec eux des villages entiers, femmes, boeufs, enfants… laissant sur leurs terres quelques adolescents et vieux en charge des récoltes.
Les exercices finis, les plans pas tout à fait ficelés, tant pis, il était temps. Il fallait livrer bataille avant l’hiver pour éviter la neige, la boue et le manque d’herbe pour les chevaux. Des dizaines de milliers d’hommes se mirent en branle dans un mouvement unique, marchant des jours durant, dans une chaleur étouffante :
Via militaris - fleuve Hebus - remparts de Philippopolis, une des plus grandes et plus riches cités de Thrace. Les nuits sont chaudes, les journées arides. Les étapes s’enchaînent les unes après les autres. Le pas est déjà lourd. Les charges courbent l’échine.
[sons de lamentation]
Arrivent les premiers reliefs. L’armée s’étire, glisse, traine, grimpe comme une colonie d’escargots bavant de misère, jusqu’à la cité fortifiée de Serdica.
Là, les attendent depuis plusieurs jours, dans leur campement de chariots, au pied des imposantes murailles de la cité, l’énorme contingent goth dirigé par le prince Alaric.
Les plaines verdoyantes d’altitude, offriront un moment de repos aux troupes et aux bêtes.
[murmure de brise alpine et de criquets nocturnes] Profitant de nuits plus fraîches et respirables, les soldats reprennent des forces avant d’attaquer les prochains cols et de plonger dans la vallée de la Morava… dans une nouvelle marche interminable.
[Bruitages du convoi. Ambiance chaude d’été. Musique “western” reprenant “la foule” version lente. Vibrations ]
[cavalier goth] [voix râleuse, brute] Putain, des semaines qu’on se crève à traverser ces terres de merde. Cette poussière qui te sèche la gorge et les yeux. Cette odeur de sueur qui empeste la vallée. Un troupeau d’hommes sales qui partent à l'abattoir, voilà ce qu’on est.
Et cet ennui mortel, se sentir seul au milieu de la foule, rien avoir à dire à personne, rien vouloir entendre de personne.
C’est long, c’est long… c’est LONG !
Ah si j’étais avec les miens ce serait autre chose. ça doit rigoler là-devant, dans leur nuage de poussière. Au lieu de ça je me retrouve avec des légionnaires cons comme des buses. Des brebis qui bêlent au moindre commandement.
[musique western devient hypnotique, encore plus lente]
Chaque soldat enfermé dans son silence, l’armée de Théodose avance à un pas de marche funèbre. En tête de colonne ondule le majestueux étendard Impérial pourpre [battement d’étoffe dans le vent], cousu du Chrisme d‘or, X et P pour le Christ, flanquées des lettres alpha et omega.
Car le Christ c’EST l'Alpha et l'Oméga : le premier ET le dernier, le commencement et la FIN.
Ainsi, la victoire de Théodose repose sur le maître absolu du Temps et de l’Histoire…
L’armée d’Eugène quant à elle, parade de son côté tout aussi fièrement. Elle arbore, en tête de cortège, une statue de Iuppiter Optimus Maximus, Dieu de la foudre et de la tempête, roi des Dieux, garant de l’Ordre du Monde ; accompagné d’étendards à l'effigie d’Hercule, protecteur des légionnaires et modèle s’il en est, parmi les Hommes, de bravoure et de ténacité.
Sont-ce les Hommes qui utilisent les Dieux ou les Dieux qui utilisent les Hommes pour mener ce combat? Une chose est sûre, l’issue de celui-ci permettra à un camp ou à l’autre de régner sans partage sur la Création toute entière.
[pause musique]
[Musique rythmée à base de meule et de tintement de lames et de marteaux]
À Naissus, d’autres troupes les rejoignent en provenance de Macédoine. Les ateliers d’armes de la cité s’affairent depuis des semaines en attendant leur arrivée. Épées, boucliers et casques flambants neufs. Les soldats s’enjoient à faire crépiter les lames toute la journée, comme des gosses avec leur nouveau jouet. C’est le moment de s’amuser car les jours de marche qui suivront seront des plus pénibles.
Les jours de chaleur alternèrent en effet avec de violents orages. Les gastéropodes en armure, lent et baveux, auraient pu s’en réjouir s’ils ne s’étaient pas retrouvés empêtrés dans la boue.
[averse diluvienne]
[cavalier goth dans ses pensées] Et maintenant la pluie ! Les romains, on dirait des danseuses à glisser sur les pavés mouillés. Les toges lourdes imbibées de flotte qu’on a l’impression de porter un cadavre. Même les chevaux c’est pareil ils veulent plus pousser.
Et les chariots qui s’enlisent à l’arrière. Nan vraiment je regrette depuis le départ ma vie en garnison : mon confort de base, ma maison de base, avec ma femme de base. Teh ! Encore un peu et elle va me manquer.
[son cheval henni]
Dégage p’tite merde ! Tu vois pas qu’tu gènes mon cheval ?! Va glisser ailleurs, pouilleux ! Crasseux ! [coup] Gamine !
[De retour dans ses pensées] [respire] Et mes gosses ! J’espère qu’ils seront fiers de moi tiens. Même le plus grand à qui j’ai foutu quelques coups de bâtons bien sentis dans le dos avant de partir. Qu'est-ce qu'il avait fait déjà ?...
Il a dû être insolent comme d’habitude. En tous cas il l'avait bien mérité… [longue pause] c’est sûr…
[averse en fond avec fadeout]
Il fallut encore deux semaines au troupeau pour rejoindre Sirmium au bord du Danube.
L’armée y fera escale plusieurs jours avant d’entrer en territoire ennemi : chez les latins, les partisans de l’Empereur usurpateur.
[fin pluie et fin musique]
[pluie de flèches enflammées.]
On nous attaque !!! [sonnet de cors de guerre romains + Musique épique]
Ha ! Un peu d’action !
A vos armes ! ça vient des hauteurs, envoyez les cavaliers !
Là là, à couvert [sons de soldats qui se prennent des flèches].
Protégez les chevaux !
[passage de chevaux au galop]
Les chevaux j’ai dit ! [hennissements]
Au contraire de ce qu’il semble ici, l’armée traversait l’Illyricum sans trop de mal.
Et les chariots ! Merde, DE L’EAU !!
Elle se faisait attaquer de temps en temps par quelques brigands inconscients, sans doute attirés par le convoi de vivres. [Sacs transpercés de flèches] et quelque fois par les soldats d’Eugène en embuscade.
Les cavaliers ont vite fait de rattraper les harceleurs pour leur arracher les tripes et quelques informations sans importance. [son d’arrachage de boyaux]
[son tambours de guerre lent avec crescendo]
C’était quand même étrange. Les rares fortifications sur la route étaient soit désertes soit tenues par de petites garnisons abandonnées à notre armée. On dirait qu’ils se sacrifiaient comme on sacrifie des bêtes pour un Dieu. Qu’est-ce qu’ils veulent, de l’indulgence?
[cavalier dans ses pensées] Si c’est ça leur armée on va en faire de la boulette de viande. Ça y est, ça me démange, on va les trucider ceux de Rome, et leur fameux général de pacotille. Et moi et moi, peut-être que je vais finir par le devenir tiens. Général. Ce serait autre chose que mon père.
Putain… j’suis comme lui.
Le général en question, Arbogast, faisait beaucoup parler. Il arrivait de Britannia pour défier Théodose et offrir à Eugène l’Empire romain tout entier. Rien que ça.
Il fallait avoir du culot pour s’en prendre à “Dieu sur Terre”, de l’orgueil pour faire tuer des milliers d’hommes et de l’inconscience pour risquer d’ébranler tout l’Empire.
[accélération tambours]
Espérons au moins qu’il y ait eu un soupçon d’idéologie pour justifier le massacre à venir et pas qu’une question d’ego. Que la bataille… commence !
[Sons de tambours de guerre puissants et rythmés]
PARTIE 2 : PREPARATION A LA BATAILLE
SÉQUENCE 1 : ARRIVÉE ET INSTALLATION DU CASTRA ~ 6 min
Objet : décrire la construction du camp militaire et la préparation à la bataille.
Ambiance : Rythmée, engouement.
Style d'écriture : Style technique et mécanique.
Scène 1 / Construction du campement
[musique contemplative]
L’armée chrétienne a atteint Emona. La cité est sans défense, abandonnée par l’armée d’Italie. Mais où sont-ils?
L’après-midi est avancée, l’endroit est calme, l’air pur, le paysage accueillant. Les céréales sont récoltées depuis un moment ainsi que la plupart des fruitiers mais les vignes doivent encore être vendangées, ce qui offre aux hommes quelque douceur dans ces derniers moments de vie.
Certains observent longuement l’horizon crénelé des montagnes. Derrière l’une d’entre elles aura lieu la bataille. Voilà qui en jette comme pierre tombale.
[musique rythmée] + [sons galop]
[un éclaireur, essoufflé] “Ils” sont là, au sud-ouest, derrière ces reliefs, à une demie journée de marche, au beau milieu d’une vallée. Ils sont… des dizaines de milliers !
[un commandant, serein] Très bien. Ça tombe bien, nous aussi. Trouvez le meilleur emplacement et préparez le campement.
Les fédérés goths ont déjà installé leur campement de chariots dans les plaines marécageuses des marais d’Emona plus au sud, offrant ainsi à leurs montures et animaux de trait une abondante et goutteuse herbe grasse.
Le campement de l’armée romaine d’orient sera quant à lui construit entre les fortifications de la petite cité provinciale et le fleuve. Ça les protégera des attaques ennemies tout en leur permettant d’abreuver les bêtes.
[son des trompettes + martèlement du bois, chant du vent dans le feuillage. Musique prend en intensité]
Les soldats par milliers commencent à s’affairer, chacun connait sa tâche.
Comme dans une fourmilière, des trajectoires se forment mécaniquement ; les flux sont rapides et ininterrompus : qui creuse les tranchées pour former les fossés et talus de protection là où les éléments de défense naturels ne sont pas suffisants ; qui plante dans ces talus les pieux transportés par chaque légionnaire. Qui installe les tentes de cuir suivant des axes tracés au cordeau ; qui organise le convoi de vivres, qui allume les foyers pour préparer le repas. Et ainsi de suite.
En une demie-journée tout un village s’est formé :
Les éléments les plus important : Le forum, l’hôpital, le quartier d’artisans. Au centre du castra, le quartier général avec le majestueux Praetorium pourpre paré d’ors de l’Empereur et les tentes rouges écarlates des officiers supérieurs. Tout autour le quartier des légionnaires avec des tentes par milliers et les archers et cavaliers contre les palissades, prêts à surgir hors des murs en cas d’attaque.
[musique ralenti]
[son marche cavalier dans marais, homme saute de cheval dans la boue]
Merde, putain. Dégueulasse.
[marche]
Salut mes frères [en goth]
Beau campement. Comme quand j’étais jeune.
[pas de réponse. son de gravures]
Vous gravez des runes ? Vous en êtes encore là ? L’époque a changé vous savez. Maintenant c’est Jésus et compagnie. [pas de réponse]
Je peux rentrer? Il doit y avoir des gens de mon clan. Ça fait vingt ans que je les ai pas vu. Vous connaissez peut-être. J’suis un Baltha. Descendant de Gunthila.
Tu rentres pas.
Beh allez, je suis des votres. J’ai quitté le village il y a un moment mais j’ai traversé le Danube avec vous.
Dégage romain. Pas d’espions ici. [pas en retraits] [pause]
Espion ? Vous êtes fous ou quoi?! J’veux juste
[son d’épée sortie d’un fourreau]
D’accord d’accord. Calme.
[sons de pas en retrait]
C’est bon. Quelle bande d’attardés. Qu’ils restent dans leur merde, avec leurs coutumes de merde. Et j’suis pas romain… J’suis Baltha moi.
On verra sur le champs de bataille. J’vais leur montrer.
Ce soir là le cavalier gravait sur son épée longue quelques runes dont il se souvenait. Notamment le Berkana, lettre B, lié à son clan.
Ça peut pas faire de mal. Dieu s’occupera de départager la valeur des uns et des autres plus tard.
[fin musique]
Finis les entraînements et la manutention du camp, les hommes peuvent se retrouver entre gars de la même cohorte à vider les dernières amphores de vin ou d’hydromel et se satisfaire d’une ration de bouillie d’orge et de gibier chassé dans la forêt voisine ou, mieux encore, de vache ou de mouton extorqué à un paysan.
Notre cavalier se perd dans ses pensées pendant que de leur côté, les fédérés barbares s’adonnent à certains rites archaïques et superstitieux autour d’un puissant feu.
[Musique lugubre. Scène cérémonie vaudou en parallèle. Son de tambours. Bruits de gens qui boivent. Crépitements.]
[prêtre goth. son sourd] Wodanaz, prends ce sang !
[cavalier dans ses pensées] C’est ridicule tous ces types qui se croient pour des vaillants. Ils font semblant de s’occuper ou de rire pour ne pas penser à la mort.
Accorde-nous la victoire, comme tu peux nous unir !
Moi j’ai pas peur de la mort au contraire, j’attends qu’elle. C’est elle qui ferait bien d’avoir peur de moi.
Prends ce sang, cette protection, cette nourriture, cette force! Uni-nous à toi et à nos ancêtres ! Unis nos destins !
Et ces montagnes… des géants terrassés par les dieux… qui reposent là pour l’éternité… J’irai me reposer avec eux moi aussi. Avec mon père. Avec mes fils.
T’es content?! J’fais comme toi, c’est ça que tu voulais?! T’es fier de moi au moins cette fois?!
[tambours continuent]
L’homme restait immobile, ivre, à fixer, l’air agar, les rochers clairs qui sortaient de l’immense masse de forêt qui le surplombait. En guise de roches, lui apparaissait l’image lugubre d’ossements blanchâtres sortant du corps des prétendus colosses. Image d’un cadavre en décomposition. Présage du sort qui lui était réservé.
[Les tambours s’arrêtent net, cheval égorgé henni et tombe + musique tendue fadeout]
SÉQUENCE 2 : LE DISCOURS ~ 6 min
Objet : Motivation des hommes, explication des raisons de la bataille
Ambiance : Électrique !
Style d'écriture : Style harangueur et incantatoire.
Scène 1/ Le discours
[brouhaha]
Dans le quartier gothique du campement, une foule de soldats s'accumule, arrivant de partout de la fourmilière. Les chefs de warband en habit d’apparat sur leurs chevaux en armure ; des centaines et des centaines de guerriers goths, huns, alains mais aussi romains. Des archers, des fantassins, des cavaliers. Tous sous les ordres du même commandant.
[Moment sonor : foule bruyante, excitée ; un hari de guerriers hurle, un autre répond ; les boucliers s’entrechoquent] [musique électro-tribal rythmée hypnotique]
Les guerriers se libèrent du trop-plein de nervosité qui a fermenté ces derniers jours à l’approche de la bataille.
[Soudain la foule rugit. Entrechoc frénétique de milliers de boucliers]
Un casque de fer et d’or vient d’apparaître à l’horizon de la multitude. Le cavalier qui en est orné grimpe avec sa monture sur une estrade surplombant avec majesté tous les soldats.
Immense, un pantalon de cuir, le torse nu décoré de pendentifs en or, le cou serré d’un collier romain en fer. Une peau de loup sur le dos attachée d’une broche sur une épaule. Des bras gros comme des troncs, tannés par le soleil ; les avant-bras recouverts de bracelets de cuir et de métal. Une barbe enfin, terre et feu, soutenant un visage sévère, déterminé, qui ne laisse rien deviner de sa jeunesse. C’est Alaric, le chef suprême.
Une vingtaine de chefs tribaux, torse et pieds nus, les mains et le visage recouverts de cendres et de sang l’accompagnent.
[La foule se tait progressivement]
La lumière du soleil couchant teinte de couleur chaire les nuages qui se sont accumulés derrière lui :
[pause]
[Alaric] Mes Frères ! Mes amis ! Fiers guerriers germains !
[la foule rugit à nouveau]
Vous avez traversé les montagnes les plus hautes, les rivières les plus larges, et les plaines les plus désertiques… Vous avez enduré les hivers les plus froids, les tempêtes les plus mordantes et les étés les plus suffocants. Vous avez bravé la Nature… et vous l’avez vaincue!
[La foule est déjà en extase et s’écrie à tout rompre. La voix du chef s'étouffe dans le chaos sonore.]
Mes frères ! Vous avez combattu des ennemis plus nombreux que vous, munis d’armes plus redoutables que les vôtres. Et vous les avez vaincus !
Regardez derrière vous, vous avez conquis toutes les terres sur lesquelles vous êtes entrés, et vous y avez fondé votre famille, votre clan. Vous êtes là chez vous !
Constantinople elle-même a reconnu votre bravoure !
Constantinople elle-même a fini par vous accueillir et vous offrir ses terres les plus fertiles.
Aujourd’hui… les romains de l’autre côté de ce col veulent vous anéantir. Ils veulent vous retirer ce que vous avez gagné par le sang de vos frères tombés au combat - puisse leur âme nous accompagner durant la bataille. Les laisserons-nous faire ?!
[La foule redouble d’agitation, on se bouscule, les boucliers s’entrechoquent. le discours devient inaudible à moments]
Les romains de l’autre côté de ce col, veulent prendre vos terres, violer vos femmes, tuer vos enfants, les laisserez-vous faire?
[Des cris et un mugissement profond et continu montent vers le ciel, renvoyés par l’écho de la montagne.]
Guerriers !
Il y a douze ans, nous avons fait serment à l’empereur de nous battre à ses côtés s’il nous appelait. Nous avons déjà eu l’occasion de lui montrer notre bravoure à quelques chevauchées d’ici. Et aujourd’hui encore, nous sommes là !
[discours en fond avec guerriers qui parlent entre eux]
Mais… ne me méprenez pas mes frères. Je sais très bien que ceux-là ne nous traiteront jamais à égal. Nous ne nous battons pas pour eux. Nous nous battons pour notre honneur.
[guerrier anonyme] On se bat parce qu’on n’a pas le choix va. T’en connais qui se battent pour leur honneur toi ?
[Alaric toujours au loin] Il est temps de montrer une fois pour toutes à l’Empereur ce que nous valons. Il est temps de lui montrer notre reconnaissance.
[autre guerrier anonyme] Tais-toi on entend rien déjà.
Oui ben c’est toujours la même chose. La gloire, les valeurs, l’or. J’ai juste envie de rentrer chez moi et retrouver nos terres.
[Alaric proche] Mais surtout il est temps de détruire cette misérable vermine qui nous fait face, car derrière ce col c’est l’Italie. Les gens de notre sang là-bas, vos femmes, vos fils, vos pères, y sont fait esclaves depuis que Rome existe. Ils meurent tous les jours sous les coups de ce peuple qui se dit civilisé.
[guerrier] Et voilà, le coup de la vengeance maintenant, y’en a marre.
Ferme-là.
[Alaric] Nous les libérerons et nous les vengerons !
[Les hommes frappent leur boucliers en cadence avec le pommeau de leur épée]
Depuis le campement romain, comme dans le reste de la vallée, les légionnaires entendent l’écho vibrant et effroyable de 20 000 guerriers tambourinant leur bouclier.
Derrière ce col se trouve un pays d’une richesse sans égale, les plus grands trésors s’y entassent, mais leurs hommes ne valent rien, alors nous les leur prendrons!
[foule rugit]
Guerriers !
Je vous vois, fiers, forts. Vous êtes de valeureux goths, des alains, francs, vandales. Vous venez de partout sur cette terre. Vos ancêtres se sont battus férocement les uns contre les autres. Mais maintenant nous sommes unis et c’est grâce à cela que nous vaincrons.
Souvenez-vous d’Hadrianopolis, quand nous chargeons ensemble, nous sommes invincibles!
Le prêtre de la tribu, qui venait de faire un sacrifice au Dieu de la guerre, monte sur l’estrade accompagné de sons gutturaux psalmodiés par des chefs de tribu :
Wodanaz, père des dieux, tout-puissant !
Dieu des armées, donne-nous la victoire en ce jour (enfin demain). En ce lieu (enfin là-bas)! Dieu des runes, sois avec nous pas un homme, mais un dieu, pas un mot, mais un pouvoir !
[on ne comprend pas ce qu’il dit caché par les bruits de la foule qui comprend que le discours du chef est terminé]
Bon, DEMAIN [Alaric parle et le prêtre se tait], combattez sans peur ! Car Wodanaz et le Christ sont avec nous ! [foule s’exclame]
Ne reculez pas, ou les corbeaux vous dévoreront. À la victoire !
A la victoire !!!
[Embrassades et cris de joie]
[Musique s’arrête]
Demain à la même heure, la moitié d'entre eux seront morts.
PARTIE 3 : LA BATAILLE
SÉQUENCE 1 : INTRODUCTION A LA BATAILLE ~ 2 min
Objet : Montrer l’angoisse du départ.
Ambiance : Pesante mais résolue
Style d'écriture : Style oppressant.
[Musique oppressante. Vent hurlant en permanence, bruit d'aiguilles de sable. Pas lourds et cadencés dans la vallée.]
[un chef] En marche ! [son de la troupe qui se met en branle]
[cavalier. souffle longuement. stressé] Le jour de gloire est arrivé.
Le temps est couvert. Les cœurs réchauffés par les discours d’hier se sont refroidis pendant la nuit.
Les montagnes résonnent des pas lourds et cadencés de soldats restés mutiques depuis leur départ.
Les hommes atteignent le col entre Emona et la vallée du Frigidus après de longues heures de montée. Cinq-cent soldats de l’armée ennemie les attendent depuis leur forteresse. On peut imaginer l’amertume que ces derniers ont ressenti quand ils ont vu avancer vers eux 40 000 hommes comme une déferlante.
Passé facilement ce premier obstacle, inutile de penser à s’arrêter pour se reposer. Marche forcée, sous ordre de l’empereur ! Les soldats s’engouffrent dans une gorge étroite et glissante en direction du fond de vallée. Le vent froid les accompagne dans ce couloir de la mort. Une bise qui siffle dans les oreilles et pique le moindre morceau de peau nue. C’est le vent qui rend fou.
[roulement de tambours]
Soudain, au loin, dans la lumière chaude de fin d’après-midi, on distingue un amas vibrant, comme un énorme troupeau d'animaux, sortant de fortifications au pied de la montagne.
[cavalier dans ses pensées] Merde [souffle]. C’est fini. Dans quelques instants nos âmes erreront dans ces collines boisées.
Certains hommes s’arrêtent au pied de la coulée pour installer le campement de repli, les autres se mettent en position. Les goths sont déjà à l’avant prêts à attaquer.
[fin tambours]
Objet : Description bataille
Ambiance : Survoltée et angoissante
Style d'écriture : Style ultra-réaliste, haché et viscéral.
Alors que le soleil s’incline et traverse les nuages pour éclairer les falaises, l’armée d’Orient s'apprête à aller au contact. Les guerriers goths sont en première ligne suivis des légionnaires romains. Les cavaliers ont pris les flancs. De là-haut le spectacle est saisissant.
[Musique de bataille rythmée] [cris de soldats]
[cavalier goth] Putain, ils croient qu’ils vont nous intimider avec leurs cris de chochotte ?
Enculé, c’est chaud.
[mugissment des guerriers goths + coups sur boucliers]
Voilà c’est ça mes frères, montrez leur que vous avez pas peur. On est des guerriers pas des soldats !
L’armée des fédérés goths commence à se mettre en branle.
[Sons lointains : Mugissement. Course lente de troupe sourde. Cris d’encouragement. Écho de la vallée]
Merde, j’ai pas entendu de signal, ils partent comme ça?!
Leur course s’accélère, ils sont à deux-cents pas de l’ennemi. D’énormes flèches d’artillerie traversent la masse d’hommes les embrochant par dizaine.
Mon Dieu.
[Le mugissement s’arrête. Son de la course]
Centurion. On doit attaquer aussi non? On peut pas les laisser seuls. Putain de bâtards, lancez le signal !
[centurion] Du calme, ça fait partie du plan.
À moins de cent pas les archers ennemis tirent toutes leurs flèches.
Wodanaz mit uns! A la gloire de Dieu ! [en fond]
[cavalier] Wodanaz mint uns !
L’armée d’Eugène s’est repliée derrière ses remparts. Les hommes d’Alaric s’empalent contre les pieux ennemis et se font transpercer d’une pluie de flèches ennemie sans grand moyen de se protéger.
[bruit bataille en fond]
Les valeureux guerriers tombent par centaines. A l’arrière, les légionnaires romains temporisent.
[cavalier]Qu’est-ce qu’ils foutent merde? Ils attendent qu’ils soient tous morts ?
Le soleil décline et passe derrière les collines, les nuages s’amoncellent, le vent s’intensifie. Les cris de guerre se mélangent aux cris d’agonie.
Les troupes romaines finissent par avancer en bloc lent pour soutenir les fédérés en poussant par l’arrière. Enfin, c’est à se demander s’ils cherchent à les soutenir ou à les écraser contre la palissade.
[autre cavalier] Décurion. On charge ? (reprendre l’échange du début du podcast)
Attendez…Soyez prêts.
Le cavalier goth, comme les autres, attendait le signal pour pouvoir sauter au secours de ses frères… tout en étant soulagé qu’il ne vienne pas. Ça lui faisait quelques heures de vie en plus.
[son au coeur des combats]
Au cœur de la bataille, les lames fraîchement aiguisées la veille se ruinent en quelques coups portés sur les boucliers adverses. Chaque tentative de transpercer la côte de maille, les os et la chair de l’ennemi requiert désormais un effort immense. Chaque poussée de bouclier se fait dans la douleur. Trébucher sur un corps gisant et tenter de se relever demande de puiser au plus profond de ses forces. Ils le savent tous, le dernier qui résistera vaincra.
[Baisser musique. Agonie. Lutte, souffrance, efforts immenses. Épuisement.]
Le signal est donné.
Décurion ! Le signal !
Ouais, ATTAAAQUE !
[Musique absente. Galop. Chevaux qui arrivent sur le champs de bataille au milieu des râles d'agonie, chocs de boucliers. Pas de bruit d’épée. Quelques rares flèches]
Les chevaux dévalent la pente, certains, comme notre valeureux héros prétextent devoir contourner un rocher pour mieux se faire dépasser par ses compagnons d’arme et arriver en second rideau sur l’ennemi.
Mais après des heures passées à lutter, les assauts d’un côté et de l’autre s’étaient faits de moins en moins nombreux et de plus en plus faibles, jusqu’à finir par s’arrêter. La cavalerie n’était descendue dans cette vallée désormais sombre que pour constater la dévastation créée par le combat. Les deux camps reculaient peu à peu, s'observant à courte distance, séparés par une rivière de corps inertes.
Théodose finit par faire reculer son armée dans le camp retranché. Les blessés laissés sur place seront achevés pendant la nuit par l’ennemi.
[Vent commence à souffler et siffler]
Dieu, qu’as-tu fais? [son cheval au pas. Son d’un corps qui tombe et gémit].
Tenez, pendez-moi ça en sacrifice.
En retournant au camp de halte, un cavalier avait emmené sur la croupe de son cheval un soldat ennemi blessé. A la clarté de la lune on pendit le prisonnier par le cou à la branche d’un chêne, espérant satisfaire quelque DIeu que ce soit.
Cette nuit personne ne dormira, blotti les uns contre les autres ou derrière quelque rocher en attendant l’aube.
Au sifflement continu du vent s’ajoutait l’impact des flèches tombant dans le campement depuis le sommet des collines. Rares et peu précises, mais dont la seule présence suffisait à rendre l’attente encore plus angoissante.
[Vent redouble.]
On peut pas les attaquer de font les salopards. La moitié des gars à été réduite en viande à chacal. Faut retourner à Emona, prévoir un autre plan. Arrêter cette guerre. Ou on va tous mourir ici.
SÉQUENCE 3 : DEUXIÈME ASSAUT ~ 5 min
Objet : Description bataille
Ambiance : Guerrière, déterminée
Style d'écriture : Style fluide mais impitoyable.
[Tempête élémentaire. Vent violent. Pluie]
[musique de combat]
L’intuition du guerrier était d’une grande finesse, puisque, avant l’aube, les généraux de Théodose firent reprendre formation aux troupes pour attaquer à nouveau.
Le temps était désormais à la tempête. Le corps du sacrifié flottait presque comme une bannière en direction de l’ennemi. C’était un bon présage pour les germains qui s’accrochèrent à ce seul indice pour se charger de courage.
On va réattaquer, cette fois-ci on nous fait contourner les collines pour attaquer sur les côtés et à l’arrière et on nous ordonne d’attendre le signal pour aller à l’assaut.
Les goths et légionnaires romains font désormais bloc et prennent plein centre. Ils avancent dans la nuit finissante, doucement et mutiques, en direction de des troupes adverses. Le bruit de leur déplacement est couvert par le souffle épais du vent. La nuit encore sombre et la couverture du ciel les rendent peu visibles à distance. Quelques éclaireurs ennemis sont repérés et éliminés avant qu’ils ne lancent l’alarme.
Finalement l’alarme ne retentit que lorsque les troupes de Théodose sont à proximité de l’ennemi et commencent à courir. Les archers d’Eugène sont démunis face au souffle des montagnes et à l’obscurité. Le combat se fera au seul corps-à-corps.
Stupéfait, un sentiment de panique étreint l’adversaire qui perd le bénéfice de la défense ; les forces s’équilibrent.
La luminosité s’améliore avec le lever du soleil à l’horizon mais la chape de nuages persiste et la pluie fouette le visage des soldats ennemis qui doivent résister contre la poussée des assaillants et contre la poussée du vent.
Après avoir laissé les troupes au sol épuiser l’adversaire, Théodose fait lancer le signal à sa cavalerie qui termine de contourner les collines et forêts vers le nord pour fondre depuis les hauteurs sur les flancs de l’armée d’Eugène le païen.
[Charge de la cavalerie]
Tiens bon, c’est ton moment. Père. Fils. Regardez-moi.
Les cavaliers dévalent la pente et entrent dans la masse de soldats ennemis qui finissent piétinés par les sabots. Le cavalier tourne sur lui-même à la recherche d’un homme à tuer. Par là. Non, par-là. Le bazard le désoriente. Ici, un homme qui se relève.
[galop + coup d’épée et son d’un type qui suffoque]
Ça y est, les murs de boucliers craquent de toutes parts, le flux des fédérés d’Orient submerge l’ennemi. En quelques instants ce qui était un bloc compact et solide de soldats s’est transformé en un fatras de petits blocs épars qu’il était plus facile de réduire en charpie.
La statue de Jupiter, qui trônait en vainqueur par-dessus les murailles, abandonnée par les hommes qui la maintenaient, balancée par les vents, s’écroule lentement et effroyablement sur la foule de soldats qui se battent à ses pieds.
Les fuyards sont bloqués par la rivière qui referme le théâtre du combat, est sont vite rejoints et exécutés par la cavalerie d’Orient.
Eugène est attrapé au milieu du combat. Amené devant Théodose lui implorant vie sauve.
[musique s’arrête sèchement]
Fais-moi grâce Auguste. Je te reconnais comme unique Empereur ! Je te servirai ! Tu as gagné.
Montrez à ses hommes… que leur bataille est perdue. Montrez-leur sa tête.
Théodose !
[son de hache]
[vibration longue et pesante]
A la vue du visage, déformé par la peur, de leur empereur, planté sur une lance, ses soldats n’avaient plus qu’à rendre les armes et se faire prisonniers.
En quelques heures à peine, l’affaire était pliée. Plus qu’une tête à couper, celle du général Arbogast, introuvable sur le champs de bataille.
[Extinction lente du son. ]
PARTIE 4 : EPILOGUE, L’ERRANCE
SÉQUENCE 1 : L'ÉLOIGNEMENT DE LA BATAILLE ~ 10 min
Objet : Montrer l’impact de la guerre sur un soldat.
Ambiance : Paisible puis angoissante.
Style d'écriture : Style flottant, détaché, presque irréel.
[cavalier dans ses pensées] Voilà deux jours qu’on parcoure les terres d’Istria. Certaines escouades ont pris les plaines ou le bord de mer. Notre groupe d’éclaireurs prit les montagnes lointaines. Tous à la recherche du général.
Il m’importait peu de le capturer, après tout il ne pourra plus reprendre le commandement d’une armée après une défaite de cette ampleur. Il ne sera qu’un pauvre cavalier errant, un peu comme nous.
On passa en réalité autant de temps à faire notre recherche qu’à dormir d’un sommeil long et profond, épuisés par les semaines passées de marche et d’entraînement et par ces deux jours de batailles violente.
[musique douce]
Libérés de cette maudite vallée venteuse, le paysage qu’on parcourait était doux ; les rivières nous offraient une eau fraîche et claire dans laquelle nous laver du désordre et de la mort qui nous avait salis ; le soleil de septembre était encore assez chaud pour apaiser nos chaires et qui sait peut-être nos âmes.
[Entre dans une auberge. Son de porte]
C’est pour dormir, manger ?
Manger. Trois plats. Et si t’as du dessert… on prend. [bruit de pièces sur meuble]
Bien compris messieurs… je vous prépare ça là-haut. Ce sera pas du rassi.
[sons de table]
Les cavaliers mangèrent leur repas avec appétit puis montèrent dans la pièce à coucher où les attendaient trois femmes d’âges variés. [son escaliers, porte, bruits d’ambiance, sons soldats qui s’esclaffent en fond]
Ave petite.
Bonjour monseigneur.
[bruit d’un pas rapide]
La fille, agenouillée sur la paillasse, avait fait un sourire gêné au cavalier goth qui prit peur et resta un instant à la fixer, le regard éberlué.
Alors compagnon, qu’est-ce t’attends, elle te fait peur la petite?! [son soldats qui rient] Combien t’as dit que t’avais tué de gars?
…une vingtaine, au moins.
Alors, et c’est une gamine qui te fait cet effet ?! [rires]
[pensées cavalier] Qu’est-ce que c’était que ça? J’aurais juré revoir le visage du gars de la bataille. Pourquoi m’avait-il souri?
Le soldat prend ses affaires et quitte l’auberge sur le champ.
Et ma pièce ?
[il crache] La voilà. [dévale les escaliers]
[aubergiste] Déjà fini soldat? [porte claque. Bruit de pas dans les cailloux]
Le cavalier s’assit et regarda dans le vide un long moment.
[pensées cavalier] Pourquoi m’a-t-il sourit? [écho bataille]
Il se refaisait dans la tête la scène de la bataille. Retrouvé étourdi dans le fatras du combat, il cherchait qui frapper, où. Son cheval l’emmenait ici et là sans raison. Puis il vit ce soldat se relever doucement et se précipita dans sa direction en armant le bras.
Le soldat ennemi, encore étourdi, relevait la tête. Un visage de chérubin, les bras ballants, pas d’armes, il fit un sourire hébété au cavalier.
[cavalier se murmure] Comme à l’entraînement.
Le cavalier lui planta sa longue épée dans la gorge et l’y laissa quelques secondes, saisi par l’expression foudroyée de sa victime, avant de la retirer d’un coup sec le faisant s’effondrer.
Il passa le reste de la bataille en trance, à parer les coups plus qu’à les donner, s’éloignant petit à petit du combat, s’agrippant, tétanisé, à son cheval.
L’homme, assis sur un rocher, regarde longuement sa main droite trembler comme une feuille dans une bourrasque de vent, avant de la bloque de l’autre main.
Il lui fallut quelques instants pour se remettre, puis il rentra dans l’auberge, en demandant cette fois-ci que la pute ne se tienne dos à lui.
***
[son de soldats qui se mettent en selle]
[soldat romain] Allez, on a fait notre boulot, il est temps de rentrer.
[cavalier] Attends on n’a même pas regardé dans cette vallée.
Mais qu’est-ce tu veux qu’il y soit? On est déjà à des lieues de la bataille. J’sais même pas pourquoi ils nous ont envoyé ici.
Ça n’empêche maintenant qu’on y est, s’il y était ce serait dommage de pas le prendre.
Non non, personne n’a rien vu, on est dans le trou du cul de l’Empire. On rentre. T’as qu’à rester toi, c’est ton problème.
Mh. Ben ouai. Je reste. Tant pis c’est moi qui rentrerai en héros, hà !
Ouai. On a qu’à dire ça. Prends ça ça te servira [son sac de pièces]
À dans quelques jours. Juste le temps de jeter un oeil.
C’est ça ouai. A dans quelques jours. Ave.
Ave [Son trot]
[musique pesante. Réverbération]
Tous les trois savaient bien qu’il ne trouverait pas le général dans cette vallée, lui le premier. C’est autre chose qu’il cherchait.
Son errance l’amena à travers monts et vallons dans des terres de moins en moins peuplées.
La recherche du général n’était qu’un prétexte pour ne jamais rentrer.
Il avançait, un jour après l’autre guidé par les éléments. Les nuits en auberge, trop agitées, étaient remplacées par des nuits dans des granges ou à bivouaquer.
***
[Son nuit. Course sanglier] [son de flèche + cris de sanglier]
Tiens [coups de couteau] Tu vas crever oui !
Il se mettait en danger par tous les moyens.
[S’asseoit. sanglot qu’il bloque aussitôt en se raclant la gorge]
Sa main tremble. Il la coince sous sa ceinture.
Celle-là ne lui servira plus ni à manger ni à boire, ni à se tripoter ou à caresser une femme. Seulement à tuer.
***
[bruits de cuisine]
[hôte] Raconte-nous un peu de là-bas en Orient, c’est comment? Vous êtes tous riches là non?
L’hiver bien installé il avait trouvé logis dans une grange aménagée, à l’écart d’un hameau de paysans, en échange de leur protection contre les brigands de sentiers. Il aidait aussi à la réparation de l’étable, au soin des chèvres et à la chasse dans les temps morts.
[cavalier] Y a de l’argent oui, mais pas pour les petites gens.
Ouai bon, ça doit bien vous retomber un peu entre les mains.
Qu’est-ce que je foutrais ici si j’étais riche?
Ben j’me l’demande bien. Tu veux pas retourner par chez toi? Tout le monde dit que c’est splendide.
C’est quelconque. Je vi…vais dans une cité quelconque.
Ah. Et les gens? Sont sympas? T’as pas de la famille?
[le cavalier se lève avec sa gamelle] Bonne nuit
… heu, bonne nuit soldat. Que Silvanus veille sur ton repos et sur ce toit.
[accepte la bénédiction d’un] Mh… [marche]
Soldat !
Dieu te pardonne.
Mh.
[porte s’ouvre et se referme]
Pour s’endormir le cavalier n’avait comme seule option que de fixer longuement, parfois la moitié de la nuit, une tâche de lumière contre un mur, jusqu’à épuisement. Fermer les yeux c’était risquer de revoir le visage ébahi de sa victime et des centaines de cadavres qui le hantaient… ou de penser à sa famille.
Silvanus, Dieu des forêts et des montagnes, ne pouvait rien y faire, ni Jupiter qui, se retournant contre ses propres fidèles, s’était lui-même jeté dans le discrédit et l’oubli éternel.
Wodanaz, souvenir lointain de son enfance ne l’avait pas rendu plus fort.
Non, l’Homme était SEUL. Ses rêves de gloire ou d’honneur dissipés, il était désormais face à sa conscience, à sa culpabilité. Il cherchait dans le noir quelqu’un ou quelquechose qui puisse le secourir.
[son mouvement] Le voilà qui met un genou au sol et incline la tête. Portant par-dessus elle le poids, que toute l’humanité ressentira.
[Longue pause, souffle du vent]
[Mouvement cheval, hennissement léger]
Ttt. [Caresse et murmure] Je tiendrai ma promesse.